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Henry Le Bal , écrivain et dramaturge

... le rideau déchiré...

1 Juin 2010 , Rédigé par Henry LE BAL Publié dans #Bibliographie et spectacles

Extraits de l'article Le Rideau déchiré (juin 2007) sur les enjeux du Théâtre

 

LEBALh OpalVM 29309 06.

.. La scène est la mise en cérémonie de cette part en nous qui est de la violence et du chaos. Ce n'est qu'une part de nous, certes, mais c'est la part de la scène. C'est la part qui fait que nous sommes spectateurs et que nous allons voir un match de foot plutôt qu'une compétition de natation ou de curling. La scène, les acteurs, leur jeu. Le jeu. Les jeux. A l'origine des jeux olympiques, l'épreuve la plus attendue était celle du pugilat. Le spectacle du K.O. Dans un mondial de foot, à part le pays vainqueur qui est tout à sa joie, ce que guette tous les autres spectateurs ou téléspectateurs, c'est le visage des vaincus. Sinon, de pays éliminés en pays éliminés, il n'y aurait que les deux pays des finalistes à regarder. Or c'est le contraire. Et c'est le contraire pour voir, pour assister à la défaite de l'un plus qu'à la joie de l'autre. Être spectateur du chaos. De la même manière qu'on va voir la mise à mort du taureau. Or qui est le taureau, qui ce joueur à genoux, prostré, anéanti, qui regarde les vainqueurs s'embrasser, sauter de joie ? C'est vous… Nous-mêmes. Le taureau qui rentre dans l'arène, le moi qui rentre dans la vie, et qui n'a aucune chance de s'en sortir, sauf par le plaisir, vain, d'écorner l'ombre qui s'agite devant soi en habits de lumière; ce tireur de pénalty en finale qui a raté sa tentative et condamné son équipe… C'est moi, moi que cette vie mène plus ou moins tard, après un combat plus ou moins long, courageux, honorable, à la défaite la plus inéluctable. La cérémonie de la mise à mort du moi. Voilà le spectacle.

Voilà le théâtre. Et son écriture. Car il y a dans l'écriture, de l'écriture elle-même, cette part de moi qui se retrouve seule face à la Parole. Il y a dans l'écriture du théâtre, dans l'écriture elle-même, déjà, tout le spectacle. Et pour que le texte soit, afin qu'il devienne spectacle, c'est cette part qui gagne, cette part de soi, et qui fait que moi qui parle met à mort la Parole.

C'est en ce sens, que "… et le Verbe s'est fait chair" est la possibilité ultime du théâtre. L'écriture de la mise à mort du Verbe, de la mise à mort de Dieu, Parole, par les mots des hommes. Et de même que les milliards de spectateurs simultanés d'un mondial assistent à leur insu à un érotique et une mise à mort, de même, par le "Verbe fait chair", le théâtre est le spectacle de la mise à mort de Dieu. C'est le sommet. Le summum. Le maxima. Même les Grecs n'auraient pu y songer.

Et  c'est ça le théâtre. Bien sûr, il y a la résurrection. Le Dimanche. Mais c'est là affaire de poésie. Ou, en matière de spectacle : la danse et la musique. Mais les mots… les mots c'est moi, moi à l'image du " Au commencement". Et les mots, les mots des hommes, dès que ça parle, ça sent en soi cette part qui veut savoir, librement....

 

retrouver l'article dans son intégralité dans e N° 19 de Juin 2007 de la revue Contrelittérature

ou par courriel à henry.lebal@wanadoo.fr

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