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Henry Le Bal , écrivain et dramaturge

Numer'ile 3 et droits d'auteurs?

28 Septembre 2010 , Rédigé par Henry LE BAL Publié dans #Ecritures

stylo-ecriture-nouvelles.jpg 'petite sauvegarde de l'introduction au débat du dimanche 22 août 2010,

12e salon international du livre insulaire,

Ouessant' (voir aussi www.numerile.tv)

 

Ouessant XII

22 août 2010

« D’écrire

Je n’ai pas trouvé

         ma légitimité

mais j’ai trouvé

         la poésie »

 

Le droit d’auteur

Le livre numérique et les droits d'auteur…

 

Je voudrais dire quelques mots avant de pénétrer dans ce débat…

Deux petits mots, nés de ces derniers mois de discussion avec Jean-Lou Bourgeon qui est la pierre angulaire de tous ces débats autour du livre électronique dans le cadre de ce salon du livre d’Ouessant.

La première fois qu'il m'a parlé… qu'il m'en a parlé c'était il y a peu, si peu et pourtant si longtemps, je me suis senti agressé par l'arrivée de cet objet dans le paysage de pensée qui était le mien depuis plus de trente ans à présent que j'écris.

 

Le livre électronique…

Moi qui écris comme me l'avait demandé mon ami,  mon frère d'âme, l'auteur de l'ontologie du secret, qui avait la chaire de métaphysique à la Sorbonne, recommandé donc d'écrire au porte-plume et avec sur soi, toujours, une bouteille d'encre.

Un maximum de dictionnaires autour de soi, et ces instruments artisanaux pour s’aventurer, patiemment, dans le clair obscur de la Parole qui parle. Le clair d'elle et l'obscur de soi…

D’où le ratage de l'épisode de la machine à écrire,

puis de l'ordinateur

et voici qu'arrivait, Alien…

le livre électronique

 

Et Jean-Lou Bourgeon de me dire lors de la première évocation de l'arrivée prochaine de l'objet :

«  Mais il est déjà là…

Ne pense pas demain…

Dis-toi que nous sommes dès à présent

dans l'hier de son arrivée… »

 

Et les faits lui ont donné raison.

 

Or, je dois dire que le premier effroi vite passé, sans cesser de n'écrire qu'à la plume,  concédant éventuellement l'utilisation d'une Baignol & Farjon à mes si chères Sergent-Major,  cette survenue m'a mené à l'orée d'une joie neuve dont j'avais il y a peu d'années aperçu le chemin menant lors  de ma collaboration à la revue Contre Littérature de notre grand ami Alain Santacreu…

Souvent, feuilletant les livres d'art de la peinture de la Renaissance italienne, on s'imagine marchant dans les rues de Florence du Quattrocento, ivre d'être présents au moment où le monde change

Et voici que s'offre aujourd'hui à nous un des rares moments de l'histoire de la culture où s'ouvre un nouvel horizon. Un moment dont nul ne peut avoir le savoir encyclopédique qu'il faudrait pour en cerner toutes les implications.

Un moment dont il faudra, je pense, des siècles pour en traduire toute l'intensité.

 

Je goûte toujours avec saveur la remarque de Charles Péguy qui disait qu'il y avait plus de nouveauté dans Homère que dans le journal du jour, et me régale sans me lasser de la réponse de Sacha Guitry à son ami lui demandant :

— « Quoi de neuf aujourd'hui ? »

— « … Mozart »…

 

J'en reviens à Contre Littérature. La question radicale avait été posée : Qu’est-ce qu'écrire ?  Non pas :  qu'est-ce qu'un écrivain ?, mais qu'est-ce qu'écrire ?

 

Que fait-on lorsqu'on écrit ?

 

Dès la création de ce salon du livre insulaire, la question avait été posée sous la forme des rencontres intitulées « l'île ultime »

 

L’île comme métaphore du retirement,

du retirement de l'Être

de l'Être qui parle

de l'Être qui est l'Être

et ne l'est qu'en tant qu'il se retire

afin que nous puissions, nous, exister, nous qui ne sommes qu'existence

et non -Être.

 

Les expériences de l'île ultime comme retirement, hors le continent du brouhaha, à la rencontre de la parole qui parle… et dont le logos-même est, pour nous, l'unique possibilité de dire.

 

De l'île ultime à Contre Littérature,

De la rencontre espérée avec l'Être qui parle,

à l'écriture de quelque chose.

 

Mais quoi !, quelque chose ?

Quoi ?

 

Vous l'imaginez bien, l'alternative se pose assez vite :

— ou bien c'est le face à face avec l'Être et donc le dévisagement de soi par la Parole qui parle.

  ou bien c'est le détournement et le choix de la survie du moi, coûte que coûte, au milieu du brouhaha et de ses séductions.

Et très vite le choix doit se faire.

l'entre-deux est impossible.

                         impossible à tenir…

et cette impossibilité même est très parlante, métaphysiquement parlant, quelle que soit l'option.

De là, à titre personnel, —et je ne serai pas long sur ce point—

la nécessité de faire une adaptation théâtrale de chacun de mes romans, de faire subir au texte l'épreuve de quelque chose…

L’épreuve

de la part non écrite

de ce que serait le fait d'écrire…

Et surtout de mettre cette part réelle et mystérieuse… à la fois réellement mystérieuse et mystérieusement réelle, en scène, dans des lieux radicalement extérieurs au brouhaha

c'est-à-dire                 infra-intérieur

comme des Chœurs de cathédrale

ou des cryptes de lieux sacrés.

 

Nouvelle arène de gladiateur.

Ainsi passer de la chose écrite à la chose jouée

et jouée par d'autres

pour un public

venu entendre et voir et non lire.

 

Quel rapport avec le débat d'aujourd'hui ?

Il me paraît ou, plutôt, m'apparaît tacitement éloquent…

 

Pour autant que j'ai pu suivre les débats de numér'île3, il me semble assister depuis quelques mois, —grâce à Jean Lou Bourgeon et les documents qu'il me fournit— à un renversement dans l'histoire de notre culture, qui, loin d'avoir la lisibilité immédiate que nous pourrions avoir a priori,

— révolutionnaires enthousiastes

— ou mandarins effrayés,

ouvrant des perspectives qui ne sont rien moins que métaphysiques.

 

Vous vous souvenez du débat pas si lointain  autour de l'annonce faite, de la fin de « l'Histoire » …

Nous avions posé de façon moins publicitaire, notamment dans la revue Les Provinciales , la fin de la métaphysique…

 

Il me paraît respirable, au sens insulaire et très insulairement iodé et salin, que quelque chose de l'Être se fait à nouveau entendre par le chemin le plus inattendu qui soit et qui passerait par la surprenante subversion de la chose écrite, celle qui avait rendu possible depuis Parménide et Héraclite, le débat lui-même.

Et les jeux de rôle, — forts distrayants — entre non auteurs et acteurs du flux, auraient une lisibilité paradoxale, ou, donc devrais-je le dire (après l'avoir écrit), une audibilité parlante…

Dès lors, les droits d'auteur.. ?

d'auteur ! ?.

juste un sourire…

un sourire devant les yeux d'Alice…

un sourire, très assurément,

qui ne serait avoir quoi que ce soit de moqueur, mais qui semble se fermer sur un murmure qui se serait tû après avoir dit :

— Qui es-tu qui est venu jusqu'ici ?

— Qui es-tu qui y est venu par les mots ?

Que t'ont dit les mots par lesquels tu es arrivé ?

— Qui suis-je, à ton avis, qui te parle si Être et Logos ne sont qu'un?

— Qui suis-je sinon le mendiant ?

— Qui serais-je si je ne mendiais votre venue sur le vaisseau des mots, oui, que serais-je sinon votre saisie, votre saisissement, votre effroi… ?

 

De là, cher François Bon, ce préambule imprévu au débat de ce matin que pourtant j'avais désiré et dont j'avais proposé la tenue à l'ami Jean-Lou.

 

Plus j'ai pénétré votre monde

qui annonce un monde,

moins je me suis inquiété pour le livre et son monde

et plus j'ai commencé à voir

d'abord coi

puis ensuite quiet,

le déroulement d'une histoire

son dé-roulement, ou désenveloppement —pour reprendre l'image de saint Thomas d'Aquin—

le désenveloppement de l'Histoire

et ainsi ai-je pu me voir

 

écrivain…

 

« moi-je » nageant dans le flux déjà si ancien du blablabla dont l'altérité par rapport au brouhaha ne résidait que dans le passage du pensé  à l'écrit.

Mais nous ne pensons qu'en mot

et, dès lors… ?

 

Comme quoi, ce n'était plus ce débat qui m'avait pourtant paru comme une pierre d'achoppement, qui était central, mais notre rencontre, avec Louis et tous ici…

 

à la découverte

de ce début de sente

creusée par les premiers mots

ayant posé son sur l'île logos.

 

Quant aux droits d'auteur auxquels je tenais tant,

ils venaient de m'ouvrir à la rencontre plus dévisageante avec le logos, lui-même l'unique ayant-droit, qui s'était révélé à moi par le renversement, en tant que mendiant…

 

Et pour conclure, je reprendrai le mot énigmatique et flamboyant

de notre ami Denis de Nouvelle-Calédonie :

« D'écrire je n'avais pas trouvé ma légitimité mais j'ai trouvé la poésie. »

 

Henry Le Bal.

 

 

 

 

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